{"id":932,"date":"2016-06-03T06:58:01","date_gmt":"2016-06-03T04:58:01","guid":{"rendered":"https:\/\/stephaneamiot.wordpress.com\/?p=932"},"modified":"2024-09-30T15:11:53","modified_gmt":"2024-09-30T13:11:53","slug":"les-auteurs-contre-attaquent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/stephaneamiot.fr\/index.php\/2016\/06\/03\/les-auteurs-contre-attaquent\/","title":{"rendered":"Les auteurs contre-attaquent !"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/stephaneamiot.files.wordpress.com\/2016\/06\/heliocentric-2.jpg?w=1200\" alt=\"Heliocentric (2)\" class=\"wp-image-947\"\/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le nouveau paradigme dans lequel Internet \u00e0 fait entrer le monde du livre est assez simple \u00e0 dessiner : nous sommes pass\u00e9s d&rsquo;un syst\u00e8me h\u00e9liocentrique, o\u00f9 l&rsquo;\u00e9diteur est l&rsquo;incontournable chef d&rsquo;orchestre de la cr\u00e9ation et de la diffusion des \u0153uvres, \u00e0 une <strong>ellipse \u00e0 deux foyers : l&rsquo;auteur et le lecteur.<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La prise du pouvoir du lecteur a\u00a0\u00e9t\u00e9 largement comment\u00e9e, comme celle du consommateur en g\u00e9n\u00e9ral. Pouvoir commander ce que l&rsquo;on veut, en ligne ou en magasin, au format de son choix, permet au client d&rsquo;orienter le march\u00e9 vers les acteurs les plus efficients en termes de catalogue disponible, de <em>supply chain<\/em> et de service client. Ne les nommons pas, tout le monde l&rsquo;aura, pardon, les aura reconnus.<br>Mais on ne peut pas dire que ces changements aient beaucoup d\u00e9plac\u00e9 les lignes. Tout juste les \u00e9diteurs ont-ils perdu de leur pouvoir de n\u00e9gociation vis-\u00e0-vis de certains acteurs du commerce de d\u00e9tail, toujours plus concentr\u00e9. En France, les lois qui imposent un prix unique du livre (papier depuis 1981 et num\u00e9rique depuis 2011)\u00a0sont d&rsquo;ailleurs pour beaucoup dans la stabilit\u00e9 du march\u00e9, en emp\u00eachant que le facteur prix ne s&rsquo;ajoute \u00e0 la diff\u00e9renciation par l&rsquo;offre et service.<br>Les choses se corsent d\u00e8s lors que l&rsquo;autre foyer de l&rsquo;ellipse, auteurs et ayant-droits, se jugent maltrait\u00e9s par le reste de la cha\u00eene, et le font savoir.<br><br>Les signes de cette grogne\u00a0sont nombreux :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Mark Coker en avait assez de voir ses manuscrits refus\u00e9s par les \u00e9diteurs traditionnels. Il a cr\u00e9\u00e9 <strong><a href=\"https:\/\/www.google.fr\/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=0ahUKEwi5i4zdlZjNAhXBnBoKHUOmDGIQFggeMAA&amp;url=https%3A%2F%2Fwww.smashwords.com%2F&amp;usg=AFQjCNHvZkP9MFwQ_gipzRAfBXAdD524ig&amp;sig2=vdwFYF1QdlG4gwffiYZ_RQ\">Smashwords <\/a><\/strong>pour publier et diffuser son roman, et cinq ans plus tard 100 000 auteurs l&rsquo;ont rejoint sur la plateforme\u00a0avec\u00a0300 000 ebooks anglophones ; et bien d&rsquo;autres plateformes l&rsquo;ont imit\u00e9 depuis&#8230;<\/li>\n\n\n\n<li>La litt\u00e9rature scientifique est en pleine \u00e9bullition, depuis que de nouveau mod\u00e8les \u00e9conomiques, o\u00f9 par exemple le chercheur <strong>paye pour \u00eatre publi\u00e9<\/strong>, tentent d&rsquo;ub\u00e9riser l&rsquo;oligopole des grands \u00e9diteurs scientifiques assis sur leur tas d&rsquo;or\u00a0(Elsevier vs Plos One). Nous y reviendrons dans un article d\u00e9taill\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li>Nombres de <strong>stars de la litt\u00e9rature<\/strong> g\u00e8rent leurs droits num\u00e9riques eux-m\u00eames, ou plut\u00f4t via leur agent, fabriquant les fichiers num\u00e9riques de leurs livres pour les vendre directement en ligne. Le cas le plus embl\u00e9matique est C.K. Rowling pour la saga Harry Potter.<\/li>\n\n\n\n<li>Lorsqu&rsquo;ils restent fid\u00e8les \u00e0 leur \u00e9diteur papier, les auteurs bien inform\u00e9s <strong>ren\u00e9gocient\u00a0<\/strong>\u00e0 la hausse leur taux de droit pour le livre num\u00e9rique, ce qui semble justifi\u00e9 par la baisse des co\u00fbts de fabrication et de distribution, et surtout par un prix de vente plus bas que celui du papier : l&rsquo;auteur est en droit de r\u00e9clamer, <em>a minima<\/em>, la m\u00eame r\u00e9mun\u00e9ration en valeur absolue que sur la vente d&rsquo;un exemplaire papier. Ce qui revient, pour un ebook 30% moins cher, \u00e0 demander un taux 1,5 fois plus \u00e9lev\u00e9 (15% au lieu de 10% par exemple)<\/li>\n\n\n\n<li>Les n\u00e9gociations collectives ou interprofessionnelles entre auteurs et \u00e9diteurs <strong>se tendent<\/strong> des qu&rsquo;il s&rsquo;agit du num\u00e9rique, les premiers craignant que les seconds s&rsquo;arrogent la part du lion et captent les droits sur une p\u00e9riode longue, et sur des bases contractuelles qui n&rsquo;auront peut-\u00eatre plus de sens dans quelques ann\u00e9es, avec l&rsquo;\u00e9volution rapide des technologies et des mod\u00e8les \u00e9conomiques. Ainsi est-ce\u00a0dans la douleur que la n\u00e9gociation autour du contrat d&rsquo;\u00e9dition num\u00e9rique en France a accouch\u00e9 d&rsquo;un code d&rsquo;usages que les \u00e9diteurs ne respectent pas toujours, ou pas encore.<\/li>\n\n\n\n<li>Au-del\u00e0 des contrats eux-m\u00eames, l&rsquo;auteur n&rsquo;est <strong>pas toujours en phase<\/strong> avec la politique num\u00e9rique de son \u00e9diteur : il aimerait que son \u0153uvre soit mieux prot\u00e9g\u00e9e (surveillance du piratage) ou au contraire moins prot\u00e9g\u00e9e (suppression ou all\u00e8gement des DRM), il souhaiterait souvent que les territoires de vente soient plus \u00e9tendus (pourquoi se limiter aux 3 ou 4 pays francophones habituels alors qu&rsquo;Internet est mondial ?), il d\u00e9sapprouve parfois les conditions faites aux biblioth\u00e8ques, et le prix que choisit l&rsquo;\u00e9diteur, dans le cadre de sa politique tarifaire g\u00e9n\u00e9rale, ne lui sied pas toujours.<\/li>\n\n\n\n<li>Enfin, lorsque les d\u00e9saccords persistent et que l&rsquo;auteur n&rsquo;a pas le temps ou les comp\u00e9tences pour s&rsquo;en occuper, il <strong>bloque les droits num\u00e9riques<\/strong> en attendant&#8230; en attendant quoi d&rsquo;ailleurs ? On ne sait pas trop.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Bref, l&rsquo;auteur devient capricieux, tatillon et p\u00e9nible. Vu autrement, <strong>il se r\u00e9veille de 200 ans d&rsquo;infantilisation.<\/strong><br>Face au foss\u00e9 qui risque de se creuser, face \u00e0 la menace de <a href=\"https:\/\/www.actualitte.com\/article\/tribunes\/amazon-uber-alles-si-elle-ne-veut-pas-etre-uberisee-l-edition-doit-se-reinventer\/64537\">l&rsquo;ub\u00e9risation<\/a>, l&rsquo;\u00e9diteur n&rsquo;a d&rsquo;autre choix que de consid\u00e9rer l&rsquo;auteur <em>comme un client<\/em>, au m\u00eame titre que le lecteur, autre foyer de l&rsquo;ellipse. L&rsquo;auteur n&rsquo;est plus un fournisseur, \u00e0 qui on fait l&rsquo;honneur d&rsquo;acheter ses contenus : il est en droit d&rsquo;exiger un ensemble de services lui permettant de trouver son public (comme on disait autrefois), ou de g\u00e9rer sa communaut\u00e9 de lecteurs (comme on dirait aujourd&rsquo;hui) :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Au-del\u00e0 du contrat d&rsquo;\u00e9dition, qui permet \u00e0 l&rsquo;\u00e9diteur de s\u00e9curiser ses droits en \u00e9change d&rsquo;une promesse de r\u00e9mun\u00e9ration, parfois assorti d&rsquo;une r\u00e9mun\u00e9ration imm\u00e9diate (l&rsquo;\u00e0-valoir), ne pourrait-on imaginer un <strong>contrat de service<\/strong>, o\u00f9 l&rsquo;\u00e9diteur s&rsquo;engage \u00e0 certains actions de vente, de marketing, de revente des droits seconds, d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 certains territoires, DRM ou formats, avec des clauses de revoyure qui permettent une remise en question r\u00e9guli\u00e8re des conditions ?<\/li>\n\n\n\n<li>Au-del\u00e0 du relev\u00e9 annuel envoy\u00e9 par courrier, plusieurs mois apr\u00e8s la fin de l&rsquo;exercice, pour un paiement des droits qui lui-m\u00eame peut prendre des mois, ne pourrait-on envisager un reporting en temps r\u00e9el (comme celui qu&rsquo;offrent les plateformes d&rsquo;autopublication) ? Allons plus loin : pourquoi ne pas <strong>jouer la transparence<\/strong>, et donner \u00e0 l&rsquo;auteur le d\u00e9tail de sa diffusion (et de ses retours) au jour le jour, par librairie, r\u00e9gion, enseigne, plateforme d&rsquo;e-commerce, etc.? Le syst\u00e8me de r\u00e9mun\u00e9ration diff\u00e9r\u00e9 (\u00e0-valoir puis ventes, moins retours) est-il toujours pertinent\u00a0au XXI\u00e8 si\u00e8cle?<\/li>\n\n\n\n<li>Au-del\u00e0 de la mise au point de l&rsquo;\u00e9dition papier (<em>editing<\/em> classique), ne faut-il pas <strong>retravailler avec l&rsquo;auteur sur l&rsquo;\u00e9dition num\u00e9rique<\/strong>, penser aux enrichissements qu&rsquo;il pourrait lui-m\u00eame apporter, ou au minimum lui soumettre l&rsquo;epub avant diffusion ?<\/li>\n\n\n\n<li>Au-del\u00e0 des mises en vente\u00a0en librairie, des n\u00e9gociations de r\u00e9f\u00e9rencement, des fiches argumentaires, des r\u00e9unions de repr\u00e9sentants o\u00f9 l&rsquo;auteur a (dans le meilleur des cas) cinq minutes pour pr\u00e9senter son livre \u00e0 des commerciaux qui en auront 50 autres \u00e0 vendre, ne pourrait-on cr\u00e9er une <strong>relation directe entre auteur et libraires<\/strong>, \u00e0 travers par exemple une cha\u00eene YouTube (message face cam\u00e9ra ou dialogue film\u00e9 avec l&rsquo;\u00e9diteur ou l&rsquo;agent), ou d&rsquo;autres r\u00e9seaux sociaux BtoB anim\u00e9s par l&rsquo;\u00e9quipe marketing ?<\/li>\n\n\n\n<li>Au-del\u00e0 du plan media et des traditionnelles (et peu rentables)\u00a0signatures, lors de salons ou de samedis pluvieux pass\u00e9s derri\u00e8re une table \u00e0 attendre le chaland, accompagn\u00e9 (ou non) d&rsquo;une attach\u00e9e de presse d\u00e9vou\u00e9e qui console l&rsquo;auteur en cherchant mille explications \u00e0 la faible fr\u00e9quentation de cet\u00a0incontournable \u00e9v\u00e9nement ; au-del\u00e0 de toute cette \u00e9nergie d\u00e9ploy\u00e9e pour des r\u00e9sultats souvent d\u00e9cevants, ne faudrait-il pas que les \u00e9diteurs embrassent le <strong>marketing relationnel, le SEO et les outils sociaux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui<\/strong> (y compris par exemple Periscope), afin de cr\u00e9er autour de l&rsquo;auteur une v\u00e9ritable communaut\u00e9, <em>on line<\/em> et <em>IRL<\/em>. Quel \u00e9diteur propose aujourd&rsquo;hui un service de <em>community management<\/em> au service des auteurs, leur permettant d&rsquo;\u00e9changer efficacement avec leurs fans, de satisfaire leur curiosit\u00e9 sans que cela d\u00e9vore le pr\u00e9cieux temps de la cr\u00e9ation ?<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Certes, ces \u00e9volutions reposent sur de nouvelles comp\u00e9tences (\u00e9diteurs num\u00e9riques, informaticiens, chefs de projets, community managers&#8230;). Certes elles remettent en question des processus, des habitudes, des fonctions. Mais elles sont aussi une formidable opportunit\u00e9 de r\u00e9inventer le m\u00e9tier d&rsquo;\u00e9diteur, de <strong>transformer la bo\u00eete noire en fen\u00eatre ouverte<\/strong>, de rester au centre du jeu, pile au milieu des deux foyers de l&rsquo;ellipse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le nouveau paradigme dans lequel Internet \u00e0 fait entrer le monde du livre est assez simple \u00e0 dessiner : nous sommes pass\u00e9s d&rsquo;un syst\u00e8me h\u00e9liocentrique, o\u00f9 l&rsquo;\u00e9diteur est l&rsquo;incontournable chef d&rsquo;orchestre de la cr\u00e9ation et de la diffusion des \u0153uvres, \u00e0 une ellipse \u00e0 deux foyers : l&rsquo;auteur et le lecteur. 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